Vérifier une fiche de paie gratuitement : 6 contrôles

Vous avez un bulletin de salaire sous les yeux et un doute. Locataire, candidat, emprunteur : le document pèse sur une décision.

Bonne nouvelle : six contrôles ne coûtent rien et prennent dix minutes. Ils écartent déjà les faux les plus grossiers.

Ce guide les détaille, dans l'ordre, puis explique à quel moment un contrôle à l'œil ne suffit plus.

Le réflexe à garder : un bulletin ne se juge jamais seul. Il se recoupe avec le contrat, l'avis d'imposition et le compte bancaire. Un faux isolé passe. Un faux confronté à trois autres pièces se trahit presque toujours.

Que vous soyez propriétaire, recruteur ou courtier, la méthode est la même. Seul l'enjeu change : un loyer, un salaire proposé, un crédit.

Contrôle 1 : le SIRET de l'employeur

Le SIRET compte 14 chiffres. Cherchez-le dans un annuaire officiel des entreprises. L'entreprise doit exister et être active.

Regardez ensuite son activité. Un bulletin de « chef de chantier » émis par une société de conseil en informatique appelle une explication.

Faites une vérification croisée : le nom de l'entreprise sur le bulletin doit correspondre à celui de l'annuaire, et l'adresse du siège aussi. Une société radiée ou sans activité ne verse pas de salaire.

Notez le code d'activité (NAF). Il doit rester cohérent avec le métier indiqué. Un faussaire recopie souvent un SIRET réel sans vérifier ce détail.

Gardez une trace de ce que vous avez vérifié : date, source consultée, résultat. En cas de litige, vous montrerez que vous avez fait preuve de diligence.

Ce premier contrôle prend deux minutes. Il élimine les bulletins fabriqués avec un numéro inventé ou mal recopié.

Contrôles 2 et 3 : le brut, le net et les cotisations

Dans le secteur privé, le net représente en général 70 à 85 % du brut. Des cotisations salariales au-delà de 40 % du brut rendent le bulletin suspect.

Comparez aussi le net imposable et le net à payer. Sur un vrai bulletin, le net imposable n'est en règle générale pas inférieur au net à payer. Un écart dans l'autre sens mérite une question.

Refaites le calcul vous-même. Prenez le brut, retirez les cotisations salariales, comparez au net avant impôt. Les lignes doivent s'additionner au centime. Les logiciels de paie ne se trompent pas d'un euro ; un montant retouché à la main, si.

Regardez aussi les lignes de cotisations : maladie, retraite, assurance chômage, CSG et CRDS. Un bulletin authentique les détaille. Un document où une ligne manque ou où un taux est rond et inhabituel doit vous alerter.

Vérifiez enfin les mentions obligatoires : nom du salarié, emploi, convention collective, période de paie, date de paiement. Une mention absente ne prouve rien seule, plusieurs absences forment un faisceau.

Contrôle 4 : les cumuls annuels sur trois bulletins

Demandez les trois derniers bulletins. Les cumuls annuels doivent progresser d'un mois sur l'autre.

  • Cumuls identiques d'un mois à l'autre : anomalie.
  • Trois bulletins identiques au centime près : signal d'alerte.
  • Dates de période qui ne se suivent pas : à clarifier.
  • Cumul qui baisse ou stagne alors que le salarié a travaillé tout le mois : à refuser tel quel.

Le contrôle des cumuls est le plus rentable de la liste. Il se fait sans calculatrice et il piège les faux fabriqués à la chaîne.

Le cumul est la ligne que les faussaires oublient. Ils fabriquent un bulletin parfait, puis le dupliquent avec une autre date.

Posez les trois bulletins côte à côte. Le cumul brut du deuxième doit valoir celui du premier plus son propre brut. Si le salarié a commencé dans l'année, les cumuls doivent correspondre à la date d'entrée.

Un salaire variable (primes, heures supplémentaires) change les montants d'un mois à l'autre. Trois montants strictement identiques chez un salarié payé aux heures sont donc plus suspects encore.

Contrôle 5 : le recoupement avec l'avis d'imposition

Faites vérifier l'avis d'imposition sur le service officiel d'impots.gouv.fr, avec le numéro fiscal et la référence de l'avis. Comparez ensuite le revenu fiscal de référence aux salaires déclarés.

Un bulletin à 3 200 € net par mois avec un avis qui montre la moitié : le dossier ne tient pas.

Le bulletin dit ce que le salarié gagne maintenant. L'avis d'imposition dit ce qu'il a déclaré l'an passé. Les deux doivent raconter la même histoire, à une évolution de carrière près.

Une augmentation, un changement d'employeur ou une prime expliquent un écart. Un écart important sans explication ne s'explique pas. Demandez alors le contrat de travail ou une attestation de l'employeur.

Pour un dossier de location ou de prêt, ajoutez le relevé bancaire : le virement du salaire doit apparaître, au montant du net à payer.

Contrôle 6 : le fichier lui-même, et la limite du gratuit

Un PDF modifié après sa création, un logiciel de retouche dans les métadonnées ou une police qui change trahissent une falsification. Ces traces ne se voient pas à l'écran.

C'est la limite de la vérification manuelle. France Vérification analyse 25 mentions du bulletin et le fichier en 30 secondes, pour 2 crédits par bulletin. Le service est utile quand l'enjeu est un bail ou un prêt.

Si le dossier engage un bail de plusieurs années ou un crédit, ne vous arrêtez pas aux cinq premiers contrôles. Les retouches modernes sont propres. Seule l'analyse du fichier les révèle.

Résumé en une phrase par contrôle : le SIRET existe, les montants s'additionnent, le net imposable est cohérent, les cumuls progressent, l'avis d'imposition confirme, le fichier n'a pas été retouché.

Les cinq premiers contrôles sont gratuits et suffisent à écarter beaucoup de faux. Le sixième demande un outil. Pour un dossier à fort enjeu, croisez toujours bulletin, avis d'imposition et relevé bancaire.